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05/08/2011

Lutte antidopage et vie privée, le clash

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Quelques questions toutes bêtes pour commencer. Savez-vous ce que vous ferez demain à 18h? Et la semaine prochaine à la même heure? Et dans un mois? Et dans trois mois? Personnellement, j’ai du mal à y répondre. C’est pourtant ce que doivent spécifier tous les sportifs français susceptibles de subir un contrôle antidopage. Yoann Huget, qui n’a donc pas bien rempli son formulaire, l’a payé très cher en faisant une croix sur la prochaine Coupe du monde. La sanction est lourde. Mais le joueur de Bayonne connaissait les règles du jeu. En tant que sportif de haut niveau, il se doit de répondre aux appels inopinés des contrôleurs de l’Agence française antidopage. A trois reprises, ceux-ci ont sonné chez lui. Il n’y était pas.

Il n’est pas question d’excuser le garçon, qui évoque une certaine légèreté par rapport à l’importance du système de localisation. Huget a loupé trois contrôles en moins de dix-huit mois. Cela fait beaucoup. Mais il faut bien saisir les contraintes auxquelles sont soumis les sportifs aujourd’hui. A toute heure du jour et de la nuit, les flics de la piquouze doivent savoir où les trouver. Imaginez. Quinze jours avant le début d’un trimestre, il est demandé à chacun de remplir sur Internet (via un logiciel nommé Adams) leur emploi du temps des trois mois à venir. Entraînements, repos à domicile, visite à la grand-mère, vacances, enterrement de vie de garçon, escapade chez une maîtresse. Tout doit apparaître. Peu importe si le sportif a une vie privée. Au nom de la lutte antidopage, celle-ci doit s’effacer.

Une casquette de sportif et d'agent administratif

Heureusement, certaines modifications sont possibles. Mais pas à la dernière minute. D’après les textes, tout changement doit être signalé au plus tard, la veille avant 17h. Lors de l’un de ses «no show» ou contrôle raté, Huget participait à une séance photo calée sur le tard. Il avait bien prévenu l’AFLD, mais le matin même, par mail, et ignorait que les contrôleurs éteignaient leur ordinateur la veille. Le Bayonnais a aussi eu la malchance de faire partie d’un groupe cible de six rugbymen. William Servat, qui n’appartient pas à cette catégorie, avouait qu’il ne rendait de comptes qu’à sa femme. Les contrôleurs peuvent toujours le chercher, ils ne connaissent rien de ses allers et venues.

Les autres sportifs sont donc fliqués, chose qu’aucun autre corps de métier n’accepterait. Le premier à s'insurger s'appelle Rafael Nadal: «Ce n’est simplement pas juste d’être ainsi persécuté. Nous avons l’impression d’être des criminels. Même ma mère ne sait pas où je me trouve chaque jour.» Je me souviens aussi du coup de gueule des footballeurs de L1, lors de l’instauration de ce système (celui-ci ne concerne que les capitaines). En plus de porter atteinte à leur vie privée, cette mesure est clairement inapplicable au plus haut niveau. «Le fait d’être contrôlé ne me dérange pas. La contrainte, c’est que je dois m’occuper de tout, regrettait en 2009 Frédéric Da Rocha. L’horaire de l’entraînement change souvent, je dois le signaler avant 17h. En plus d’être footballeur, il faut que je rentre dans l’administration.» Et là, on en demande vraiment trop à des sportifs de haut niveau.

 
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